Je ferme la porte, la verrouille, range la clé dans ma poche, et tourne les talons. Aujourd’hui, il fait vraiment bon. Le vent souffle doucement, et caresse ma peau en picotant. C’est agréable, et ça me change des températures de mon village natal. Finalement, je comprend pourquoi personne n’est jamais allé habiter là bas de son plein gré. Né ici, il est impossible de vivre dans les montagnes. Le climat est trop dur. Mais enfin...
Je me passe une main dans les cheveux, pour les recoiffer, je lisse le pli de mon uniforme, je réajuste la lanière du sac sur mon épaule, et je descend la rue qui mène jusqu’à mon travail.
En chemin, je ne croise personne. Les rues sont désertes, car il est trop tôt pour que les commerçants aient installé leurs étals. Ce n’est pas plus mal. Le bruit est un peu gênant, quand on a l’habitude des lieux calmes et tranquilles. Les maisons aux formes rigides, caractéristiques du pays, défilent devant mes yeux. Les couleurs sont assez unies : du marron, du blanc cassé. Rien de très joyeux. Cela correspond à l’image du pays : un pays dur, un pays puissant.
Le bâtiment gigantesque qui abrite le centre militaire du village se dessine finalement devant moi. Malgré l’habitude, j’en reste ébahie. C’est un imposant édifice tout de pierre brute, et qui ressemble à une cathédrale sculptée, avec de nombreuses fenêtres, dont très peu sont éclairées à cette heure. J’avance d’un pas tranquille, et franchit le seuil de la porte. A l’intérieur, il fait plus chaud qu’à l’extérieur. C’en est presque étouffant. Je salue le garde à l’entrée d’un signe de tête, et me dirige à mon bureau.
Je n’ai pas un grade très important dans la hiérarchie, et je n’ai aucun étage à monter pour y accéder. La pièce est petite, austère et froide, mais cela me convient très bien. La température basse qui règne à l’intérieur me rappelle d’où je viens, et me permet de travailler plus efficacement. Même si cela dérange un peu les gens qui viennent me voir.
Je dépose mon sac sur une chaise, et je m’installe en silence. Même seule, j’aime me comporter de manière correcte et polie, sans soupir, sans fracas. Je sors le dossier sur lequel j’ai travaillé toute la soirée, et je l’ouvre. Il concerne la dernière mission que j’ai effectué. Il s’agissait simplement de transporter un message très important jusqu’à la frontière, mais en chemin, il y a eu quelques difficultés, et nous avons été confrontés à des bandits que nous avons éliminé. En tant que chef d’équipe, je dois faire un rapport détaillé de ce qui s’est passé, pour justifier les choix que j’ai fait. Une sorte de procès dans lequel je dois prouver mon innocence.
Après une heure et demie de travail, et de vérification, pour voir que tout est en ordre, je me lève, et quitte mon office. D’un pas tranquille, je vais déposer ce document à l’accueil, à l’attention de Jounin qui jugeront mon cas plus tard, et file au bureau du Tsuchikage. Celui-ci doit me transmettre les ordres de mission. Il me remet en main propre un dossier avec tous les détails de notre entreprise, et je le lis très attentivement, alors que j’attend mes hommes patiemment.
Ils arrivent les uns après les autres. Le premier est Satori. C’est un jeune garçon qui a mon âge, avec de grandes capacités, mais qui fait preuve de beaucoup trop de relâchement à mon goût. Il faudrait qu’il soit plus concentré dans sa mission. S’il est là le premier, c’est qu’il essaie d’arriver avant moi, pour me prouver qu’il peut être plus sérieux que moi. Avec un grand sourire, il me déclare :
“- Tu es encore là avant moi !”
Ce à quoi je répond :
“- Je suis arrivée il y a quelques minutes, c’est dommage pour toi.”
C’est un mensonge, mais c’est pour la bonne cause. Je veux qu’il s’améliore progressivement, pas qu’il me dépasse ponctuellement. Et puis...je dois avouer que je tiens à ma réputation plus que je ne le souhaiterais. J’ai été élevée dans les montagnes, parmi un peuple réputé dur, et je ne veux pas que l’image des miens soit ternie à cause d’erreurs de comportement.
Ensuite vient Melisa. C’est une jeune fille...très féminine, avec de longs cheveux noirs et des grands yeux noisettes. Elle est naïve, et sa vie en ville lui a dissimulé la rudesse du monde. Mais elle est très douée comme ninja, et si à première vue elle n’est pas faite pour le poste, quiconque doit l’affronter se rend compte tôt ou tard que son potentiel est immense. Avec un sourire charmeur, et une démarche provocatrice que je réprouve, elle pénètre dans le bâtiment, gratifiant les gens qui la dévisage d’un clin d’oeil. Cette attitude me gène, mais je sais pertinemment que je ne la changerai pas. Et puis ses capacités sont précieuses pour mon équipe.
Et pour finir, c’est le petit nouveau de notre unité qui arrive. Il s’appelle Kim. C’est ce qu’on nous a dit lorsqu’il nous a été confié, car il n’a jamais prononcé le moindre mot. Il se contente d’obéir aux ordres, et lorsqu’il veut transmettre un message, il le fait par des signes de la main. J’en ai conclus personnellement qu’il était muet, et j’admire son courage pour avoir réussi à devenir ninja malgré un handicap qui aurait pu être une barrière.
Ils me regardent gravement, attendant de prendre connaissance de leur travail, et le silence se fait sur nous. J’inspire profondément, et transmets ce qui est écrit sur le papier :
“- Aujourd’hui, notre mission consiste à escorter un prisonnier. Nous devons l’emmener jusqu’ici, au village, pour le mettre en lieu sûr. Il a dit avoir des informations importantes concernant l’Organisation, et il a affirmé qu’il fallait lui laisser la vie sauve, jusqu’à ce qu’il ait vu Tsuchikage. Notre objectif est simple : aller le chercher, et le ramener vivant jusqu’au village. Le rang de cette mission est A...
- A ? Mais c’est de la folie d’y aller alors ! S’exclame Satori en me coupant la parole. On va tous se faire tuer !
- Calme toi. Nous ne serons pas seuls. Deux équipes de Jounin et deux équipes de Chunin se rendent là bas également. Nous devons leur porter assistance, et tout faire pour que le village ne soit pas privé de cet informateur si important. Est-ce clair ?”
Melissa prend la parole à son tour :
“- Mais quels sont les risques ? Cinq équipes pour un seul homme...Est-ce que nous allons être attaqués par un commando ?”
Je ne m’étais même pas posé la question, et examine le dossier pour y trouver la réponse. Du doigt, je parcours la ligne :
“- Risques inconnus. Mais il va falloir être très prudent.”
Satori hausse les épaules.
“- On part quand, et on revient quand ? C’est ce qui m’intéresse dans l’histoire.
- Le départ est prévu pour dans deux heures. Nous attendons une autre équipe de Chunin. La troisième est sur place, et les Jounin vont venir depuis la frontière.”
La mission va commencer. Je me sens anxieuse, comme à chaque fois, mais cette fois, plus que les autres. Et ce n’est pas l’inquiétude par rapport à la réussite de ma mission. C’est plus par rapport à la question de Melissa. Cinq équipes pour un seul homme...Qu’est ce qui va nous arriver ?